Une ligne directrice mise à jour déconseille le dépistage à l’aide d’outils normalisés pour déceler un retard de développement non constaté au niveau des soins primaires

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Une ligne directrice mise à jour déconseille le dépistage à l’aide d’outils normalisés pour déceler un retard de développement non constaté au niveau des soins primaires

Selon le GECSSP, il y a un manque de données probantes de haute qualité sur les avantages du recours aux outils de dépistage normalisés chez les enfants en santé OTTAWA (ON), 29 mars 2016 – Le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (GECSSP) publie aujourd’hui la mise à jour d’une ligne directrice qui déconseille le dépistage du retard de développement à l’aide d’outils normalisés chez des enfants qui n’affichent pas de signe d’un possible retard de développement. Cette ligne directrice et sa recommandation ne s’appliquent pas aux enfants qui ne sont pas à risque élevé1 de retard de développement et dont les parents, les soignants ou les cliniciens ne s’inquiètent pas de leur développement. Les lignes directrices sont publiées dans le Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC).

Le dépistage à l’aide de questionnaires est parfois recommandé pour détecter chez des personnes des maladies qui ne se manifesteraient autrement par aucun signe ou symptôme. Les tests de dépistage s’avèrent particulièrement utiles s’ils peuvent de façon exacte et reproductible déceler une maladie à son stade précoce et par conséquent permettre un traitement plus efficace. Par contre, les tests de dépistage peuvent faire plus de mal que de bien s’ils produisent un taux élevé de résultats faux positifs ou s’ils ne contribuent pas à un meilleur état de santé des patients.

Vu le manque de données probantes sur les avantages d’avoir recours à un dépistage à l’aide d’outils normalisés en soins de santé primaires, conjugué aux données sur l’inexactitude des outils de dépistage le plus souvent utilisés, la nouvelle ligne directrice déconseille fortement le dépistage au moyen de ces outils sur les enfants âgés de un à quatre ans qui n’affichent pas de signe d’un possible retard de développement et dont les parents, le personnel soignant ou les cliniciens ne s’inquiètent pas de leur développement. La ligne directrice de 2016 remplace les recommandations émises en 1994.

Cette recommandation ne s’applique pas aux enfants qui présentent des signes ou des symptômes, ou dont les parents s’inquiètent d’un possible retard de développement, ou encore dont le développement fait l’objet d’une surveillance étroite parce que des facteurs de risque ont été identifiés, par exemple un accouchement prématuré ou un faible poids à la naissance.

« Nous savons que le retard de développement et l’utilisation d’outils de dépistage suscitent un vaste débat dans le milieu médical, mais il n’y a aucune preuve voulant que le dépistage en soin primaire à l’aide d’outils normalisés améliore les résultats de santé chez des enfants qui n’affichent pas de signes de retard de développement », a déclaré le Dr Brett Thombs, membre du GECSSP et du groupe de travail responsable des lignes directrices. « On a beaucoup cherché à savoir si le dépistage pouvait permettre une identification et une intervention précoces, ce qui pourrait amener une amélioration des résultats de santé chez les enfants souffrant d’un retard de développement. Mais l’utilisation d’outils normalisés peut aussi donner des résultats faux positifs2 ce qui peut être un facteur de stress indu et une source d’anxiété et mener à l’étiquetage des enfants et de leurs familles. »

ET d’ajouter la Dre Patricia Parkin, membre du GECSSP et du groupe de travail sur les lignes directrices, « Tous les parents et les membres du personnel soignant veulent ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants. Nous recommandons aux cliniciens de continuer à assurer un suivi étroit et d’évaluer le développement des enfants à chaque visite, et à s’informer auprès des parents du développement de leur enfant, et aussi d’être à l’affût des facteurs de risque. S’ils ont des préoccupations relatives au développement d’un enfant, les parents et le personnel soignant devraient en parler au médecin de l’enfant. »

À propos du retard de développement

Plusieurs facteurs sont liés à un risque accru de retard de développement dont le mauvais état de santé de la mère durant sa grossesse, des complications lors de l’accouchement, des infections, des caractéristiques génétiques, l’exposition à des toxines, un trauma, la maltraitance et peut-être un faible niveau socioéconomique.

Le retard de développement se caractérise par une performance sensiblement plus faible considérant la norme pour l’âge sur le plan de la motricité globale et fine, de l’orthophonie, des habilités sociales et interpersonnelles, des fonctions cognitives et des activités quotidiennes. Les enfants qui souffrent d’un retard de développement en bas âge manifestent souvent par la suite des difficultés d’apprentissage, des problèmes de comportement et des déficiences fonctionnelles.

Traitement

Certaines données portent à croire que des interventions axées sur l’orthophonie chez les enfants âgés de deux à cinq ans ayant des difficultés sur le plan de la parole et du langage pourraient les aider à mieux comprendre et s’exprimer. Chez les enfants souffrant de retards connus de développement en raison de troubles du spectre autistique (TSA), des interventions comportementales intenses (20 à 40 heures par semaine) semblent améliorer les fonctions cognitives, mais les interventions à l’aide des parents n’améliorent pas les résultats cognitifs. Cependant, ces interventions ont été mises à l’essai sur des enfants dont le retard de développement avait été décelé sans dépistage. Il n’est donc pas certain que l’on puisse les appliquer aux cas de retard de développement détectés par dépistage qui seraient typiquement moins lourds.

Pour avoir accès au rapport complet et aux détails des constatations et aux recommandations du GECSSP ainsi qu’aux outils d’application des connaissances, veuillez consulter le site Web : www.canadiantaskforce.ca

À propos du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs

Le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (GECSSP) est un organisme indépendant composé d’experts en soins primaires et en prévention. Son mandat consiste à élaborer et à diffuser des lignes directrices en matière de pratique clinique pour les soins primaires et en prévention, basées sur une analyse systématique des données scientifiques probantes.

 

1Plusieurs facteurs peuvent être liés à un risque accru de retard de développement, dont des problèmes de santé de la mère au cours de la grossesse, des complications à l’accouchement, des infections, des caractéristiques génétiques, l’exposition à des toxines, un trauma, la maltraitance et peut-être un faible niveau socioéconomique.

2Sur le plan du dépistage médical, un résultat faux positifsurvient lorsque le résultat d’un test indique erronément la présence d’une maladie et d’une affection.